quelques idées, quelques images, beaucoup de mots, un peu de moi...

mardi 30 décembre 2008

le carnet de voyage (1) - avril à septembre 2007

Semaine 1 – Malaisie – 2 mai 2007
Tout d’abord, désolé pour ceux ou celles qui ne sont pas tout à fait à l'aise avec le français : j'essaierai de donner des nouvelles en anglais ou en espagnol de temps en temps... Premier épisode des aventures dans le sud-est asiatique ! En Malaisie, donc.
Je ne m'attarde pas sur le voyage : vol low-cost un peu miteux vers Bahreïn, escale de 5... euh non, 6... euh non, 6 heures 30, dans un aéroport hallucinant : un mélange de luxe un peu trop clinquant (genre : "mes pétro-dollars sont plus gros que les tiens, fillette") et très très kitsch, les deux n'étant absolument pas incompatibles, bien au contraire ; avec des détails troublants dans le plus pur style je-ne-sais-pas-trop-qui-a-eu-l'idee-de-décorer-le-mur-derriere-cette-fontaine-de-champagne-avec-des-bambis-en-or-massif. Bien… Une petite bouteille d'eau tiède et une playstation3 (formula one en démo) m'ont tenu éveillé et le taux de change local du dollar m'a tenu le ventre vide... ah, oui! Seul gros avantage de la déco à la mode de Bahreïn : les abominables valises à roulettes qui pètent les oreilles et les nerfs (brolo-brolo-brolo-brolom) dans tous les aéroports et toutes les gares du monde sont ici réduits au silence par l'épaisse moquette grand luxe aux motifs imitation tapis d'orient (comme quoi contrairement au stupide adage gaulois et xénophobe, on peut avoir du pétrole ET des idées). Passons... Après avoir acheté un sublime et fort pratique rasoir électrique Remington A PILES (mon Dieu, pourquoi ne les a-t-on encore importés en Europe?) - qui a comblé tout a la fois mon besoin compulsif de consommation pour une petite quinzaine d'euros dans un pays où le luxe étale avec complaisance des prix qu'on confond trop facilement avec la date, et celui, moins futile, d'égaliser une barbe déjà envahissante - le trajet Bahreïn-Kuala Lumpur s'est bien passé entre somnolence et mauvais films, et l'arrivée en ville aussi. Mais j'y reviens tout de suite…
Pour l'instant, je suis a Kangar, dans la province du Perlis (extrême nord, tout près de la Thaïlande) où je suis venu pour escalader avec des potes d'Arnaud (Arnaud Anty, pour ceux qui le connaissent ; une grosse perte pour tous les autres) : Fang (un malais chinois qui me fait penser à un héros de Kitano, grand gamin hard core un peu désabusé), Arnaud qui est venu de Manille pour les 4 jours, et aussi Nina (une malaise musulmane, autoritaire et psycho-rigide, catégorie qui veut et doit absolument décider les horaires de lever, coucher et prise alimentaire de l’ensemble de la petite équipe pour se sentir en vie) et Olie (un allemand taillé dans le marbre de Marpessos, son petit ami secret, catégorie « mes parents ne doivent jamais l’apprendre mon amour, car même si tu es incroyablement beau et bien fait, tu n’es au fond qu’un vulgaire chien d’infidèle » - il vend des camions Mercedes-Benz en Malaisie), Mark (un anglais à l’accent de Bristol et au dos gris, quadragénaire pince-sans-rire très attachant, qui programme les feux de signalisation des trains en Malaisie) et Fieda (sa copine, une malaise chinoise, web designer, prof de yoga et adorable), Yann (un allemand peu bavard mais jovial qui construit des routes ou quelque chose comme ça), Sabina sa femme (est-allemande qui parlait allemand et russe mais avec qui on a bien déconné quand même, en langage international et en gesticulant) et leur fils de 5 ans, Till (qui grimpe aussi bien que nous tous, d'ailleurs, l’insupportable petit garnement). On s'est entassés à 7 dans la suite royale de l'hôtel de Kangar qui coûte environ... 50 euros la nuit (en tout et pour tout, avec 2 petits déjeuners inclus, qu'on a hésité à partager en 7 mais faut pas pousser quand même) et on a fait la queue pour les chiottes et la douche, dans une bonne humeur et une décontraction que je n'aurais pas crues possibles. Il fait plus de 30 degrés toute la journée, il pleut comme il pleuvait sur l'arche du vieux Noë environ 2h par jour, en général entre midi et 16 heures, en plein milieu des sessions de grimpe. Il faut donc ranger toutes les cordes à toute vitesse à ce moment-là, en courant, et attendre dans une grotte que ça s'arrête. Heureusement, les grottes ici c’est un peu comme les merdes de chiens sur les trottoirs de Toulouse et la roche sèche vite... et puis ça nous rafraîchit un peu.

Le site d'escalade est incroyable, comme les montagnes des encres de Chine chinoises (ou japonaises, je sais pas. Mais je trouvais rigolo d’écrire encres de Chine chinoises) : une énorme masse de calcaire sortie de nulle part au milieu des paddy-fields de riz et de la forêt, percée de toutes parts de grottes, cavernes, tunnels et boyaux qu'on traverse pour accéder aux différentes faces, avec des tas énormes de chiures de chauves-souris (extraites et compactées en briquettes, je suis sûr qu'on tient le combustible du 21ième siècle ; avis aux investisseurs audacieux) et de vieilles échelles de bois et de cordes pour arriver au pied des voies... la forêt pousse à toute vitesse, les champignons mesurent 60cm de haut et si on est pris de l'idée idiote d'arracher les arbustes qui poussent au pied des voies ou sur les chemins d'accès (ce que n'a pas manqué de faire l'allemand athlétique vendeur de Mercedes-Benz - il n'y a pas de germanophobie primaire dans mes propos, c'est un récit objectif - afin de nous constituer un petit camp de base propre et tiré au cordeau, en sifflotant le pont de la rivière Kwaï), on a les mains qui brûlent et qui cloquent pendant plusieurs heures. Hé hé hé. Il faut apprendre à lire les signes de la nature et éviter de toucher à ce qui a des poils, des taches de couleur vive et un latex visqueux à la surface (un moyen mnémotechnique facile : des poils, des taches de couleur vive et du latex, c’est comme un travesti techno à la Love Parade, et il ne vous viendrait pas à l’idée de toucher son costume. Bin les plantes en Asie, c’est pareil) : tout a un prix ici bas, et la sagesse aussi... Seul inconvénient du site : il y a de gros scolopendres rouges qui aiment prendre le soleil sur les rochers et le frais dans les prises où l'on met les doigts. Hum... ils sont dégueus mais gentils et pas (trop) urticants. On a fait de très belles voies sportives, des 5c de chauffe puis des 6a et 6b assez longues et élégantes. En tête, bien sûr. J’ai même fait en second, avec du sang et des larmes, et au détriment du style, les 2 tiers d'un 7a+ en dalle... hier matin, Fang s'est ouvert 2 doigts sur un bout de caillou qui s'est détaché de la paroi (seul autre défaut du site : les loose rocks, autrement dit, le calcaire est pourri et s'arrache facilement), et je me suis fait, sur un mouvement un peu bestial, une petite entorse du genou. Pom pom pom... on a donc calmé le jeu pour l'après-midi et je me suis offert un jour de relâche aujourd'hui, fête du travail pour les braves du monde entier. Puis mis en quête d'un ordi connecté à Internet. Si fait.
Côté culturel : la bouffe locale est incroyable (poissons frais mijotés au jus de fruit et épices, toutes sortes de soupes de nouilles, de ragoûts de nouilles, de plats de nouilles, un peu, beaucoup, passionnément épicés, de la cardamome fraîche (jamais essayé avant ; délicieux), légumes et fruits improbables, façon oeuf de dragon mais en plus bizarre, riz grillé avec toutes les garnitures possibles etc. en fait, chaque ethnie (Chinois, Malais et Indiens) a ses plats et ses recettes... mes coups de coeur pour l'instant : le roti canai, sorte de crêpe découpée en petits bout et servie avec différentes sauces pour tremper, le satay, petite brochette de poulet ou de boeuf, servie avec une sauce sucrée-salée aux cacahuètes pour tremper dedans, et le teh tarik, boisson phare des mamaks, les petits points de bouffe indiens musulmans : c'est du thé allongé au lait condensé, servi moussant et fumant. Super sucré, délicieux au début, écœurant à la fin mais incontournable! Tout ça se mange dans la rue, à toute heure ou presque et pour un prix qui reste très loin en-dessous de celui d'un espresso à Paname... Ceci dit, retour à KL : les couleurs sont magnifiques, l'architecture pour le moment, est indescriptible : une accumulation de vieux et décati, de quasi-bidonvilles, d'ultra design, tout à tour très asiatique, hindi surchargé en couleurs, musulman luxueux ou western-style un peu passé de mode. Ça donne l'impression d'un entassement erratique, à la limite du mauvais goût mais tout à fait réussi, entre des choses sans rapport. L’explication? Peut-être le fait que les 3 ethnies dominantes (musulmane "malaise originale", indienne et chinoise) se mélangent assez peu (pour ce que j'ai vu pour l'instant) et ont des modes de vie, des cultures et des coutumes assez différentes. Même les quartiers et les niveaux sociaux rappellent un peu les bonnes vieilles castes d'antan, si vous voyez ce que je veux dire. Re-hum... Ah oui ! Plus anecdotique mais bon : les gens ici n'ont jamais vu de cheveux frisés, on dirait. Et ça les fait beaucoup rire et sourire. Un gars m'a arrêté dans la rue pour demander si je l'avais fait faire ici ou en Europe avant de venir parce que ça coûte tellement cher ici de faire friser ses cheveux : je crois qu'il ne m'a tout simplement pas cru quand je lui ai répondu que c'était naturel. Eh eh eh. Voila, c'était pour le chapitre polissage d'ego a la main, j'ai fini. Autre déclinaison locale d'un thème asiatique fameux : les moustiques. Moins d'une semaine et je suis déjà couvert de piqûres. Faut dire que le pschit-pschit sent tellement mauvais et que la sensation sur la peau est tellement désagréable (collant et poisseux), et que les locaux s'en fichent tellement des moustiques (ils disent tous qu'il n'y a vraiment, vraiment pas de paludisme en Malaisie), que je ne suis déjà plus très scrupuleux... en plus, ils disent tous que le soja, très riche en vitamine B, les éloigne naturellement. Allons bon, manquait plus que cette vertu extraordinaire au soja : après le syndrome de féminisation, la gynécomastie, l'allongement de l'oestrus et la réduction de la spermatogenèse, voilà qu'il éloigne les moustiques. D’ici à ce qu'on vienne nous raconter qu'il permet en outre de constituer une sauce aigre et salée qui accommode merveilleusement tous les plats asiatiques...
Mon premier couchsurfer indien, Gurpreet, et son frère Khabir chez qui j’ai habité, étaient fantastiques et très rigolos, je les reverrai sans doute dans la semaine, et le reste s'organise peu a peu. Des nouvelles dès que j'en saurai plus. Voila pour l'instant : c'est tout et c'est déjà sans doute très long. Prenez soin de vous et à bientôt.

le carnet de voyage (2) - avril à septembre 2007

Semaine 2 – Malaisie – 10 mai 2007
Deuxième épisode : en Malaisie, toujours... On en était restés à la fin du climbing-trip à Bukit Keteri. Retour en Mercedes, la grande classe, tout le confort possible ou presque, et une arrivée en douceur le mercredi soir vers 18h à la gare de KL. Seule ombre au tableau, ce genou qui me fait mal et pas vraiment de plan B pour m'occuper sans me dépenser. Je ramasse donc mes sacs, erre dans Chinatown une dizaine de minutes et entre dans une auberge de backpackers recommandée par le LonelyPlanet. La nana est souriante, il y a des chambres, une consigne à bagages et... consigne à bagages... il m’a fallu 3 minutes pour prendre la décision. J'ai laissé mes affaires (sac encombrant et lourd avec tout dedans) sauf 2 tee-shirts et le minimum vital : tapis de sol et moustiquaire, drap, maillot, trousse de toilette... et ai filé à la gare routière. Un bus de nuit à 22h pour Kota Bahru, à l'autre bout du pays et en avant ! Lendemain matin, 6 heures, je finis par trouver deux anglais qui cherchent à partager un taxi pour la gare des ferries. On part donc ensemble, on saute dans le premier ferry et vers 11h du matin on est aux îles de Perhentian, les pieds dans le sable, face à un mec qui veut nous louer des bungalows pour 30 ringgits par jour - 6euros. vendu !

Perhentian, c'est un peu le paradis sur terre : petite île, eau transparente, sable blanc et blocs de granite, coraux et poissons, quelques cabanes en bois complètement décaties entre le sable et la jungle. Des cocotiers, des routards et des plongeurs. Des barbecues sur la plage tous les soirs, du barracuda, du requin, du marlin... Mon cabanon sur pilotis en planches disjointes héberge une famille de geckos gris à pois rouges sous la tôle ondulée du toit, j'ai pendu ma moustiquaire juste à l'endroit où ils ont l'habitude de venir chier et suspendu mon sac a dos à une poutre pour l'isoler de mes divers colocataires à 6, 8 ou 1000 pattes. C'est le pied. La salle de bain, commune, se compose de 4 grands panneaux de tole (il y fait rarement moins de 40 degrés) pas jointifs, dont l'un est mobile (la porte) et d'un tuyau en PVC qui amène directement, via un robinet type cubitainer et sans pomme (à quoi ça sert, hein ?) l'eau d'une citerne à pluie. Donc avant la douche, on sent la sueur et après la douche, le croupi. Mais c'est cool. Comme la chiotte est là aussi, dans le mètre carré de la douche, on nettoie la cuvette en se lavant, et on fait sa toilette intime dans la foulée... astucieux, non ?

Premier jour, découverte de l'île et de ses hôtes : des hippies, des varans aquatiques absolument pacifiques mais putain, j'ai croisé le premier après 40 minutes environ, à quelques mètres de la salle de bain et il mesurait plus de 2 mètres, j'ai fait un bond qui l'a littéralement stupéfié. Il m'a regardé avec l'air du mec qui comprend vraiment pas pourquoi pas on se met dans des états pareils et s’en est allé en soupirant. Pour être honnête, ma première idée a été quelque chose comme 'ça ne peut PAS être un VRAI varan sauvage ; il faut que ce soit la mascotte du bar d'à côté, ou quelque chose comme ça''. Mais non. J'en ai croisé une dizaine dans l'heure suivante. Ils sont gentils, quoique peu enclins au bavardage.Le lendemain, sortie snorkeling organisée avec un groupe d’inconnus, une dizaine, dont 5 Français. Tant pis. Notamment 2 meufs 'gentilles' (dans ce que cet adjectif peut avoir de plus négatif, hélas), qui « travaillaient dans la mode ». Dieux du ciel. « Non, moi s’tu veux, je travaille dans la mode, tu vois » (ah, et pour la connerie, tu travailles dans la profondeur, non ?) Comprenez qu’elles étaient vendeuse et caissière chez Vuitton à Bruxelles et chez Dior à Paris, respectivement. Des BO-BE, en quelque sorte, bourgeoises bé-bêtes. Mais passons, il y avait plus intéressant. On a tous nagé avec des méduses, pour commencer et se mettre en jambes. Le guide se marrait en nous filant du jus de citron, ça apaise, parait-il (mon cul, ça n'apaise rien du tout). Et puis, miracle, le dieu du tuba a tendu vers nous une palme compatissante : j'ai nagé une minute juste au-dessus d'une tortue énoooorme, à effleurer sa carapace sans oser ni vouloir la déranger plus, complètement fasciné par ce moment absolument magique... puis on a vu des coraux et des poissons magnifiques et sublimes et de toutes les tailles et toutes les couleurs imaginables. Ne me demandez pas les noms, je n'en ai pas la moindre idée. Puis le guide nous a emmenés voir des bébés requins, et on n'en a pas vu un seul. Jusqu’à ce qu’il nous gueule un truc, et qu’en s’approchant et on tombe sur le couple de parents : 2 reef sharks (pas méchants) de 2,5m à peu près. Nom de Dieu de nom de Dieu de sensation grisante d'excitation et de peur panique mêlées. J'en ai mordu mon tuba si fort que je pense qu'il s'en souvient encore. Parce qu'enfin, je dis 'pas méchants' mais dans l'eau et à quelques mètres de distance, ça ressemble quand même comme 2 gouttes d'eau à un requin méchant. La seule différence c'est qu'ils n'attaquent pas l'homme, un moyen infaillible de faire la diagnose. Coooooool ! Le reste de l'île ne mérite pas qu'on s'y attarde, villages de pêcheurs jolis et ignorés par les touristes, collines couvertes de jungle ignorées par les touristes, criques désertes ignorées par les touristes… Le paradis terrestre a rapidement commencé à m'emmerder.
C'est Jean-Claude Lavie, il me semble, dans son bouquin pour lequel j'ai du vous bassiner et rebassiner (L'amour est un crime parfait), qui corrigeait avec beaucoup d'intelligence la phrase de Sartre. L'enfer, qu'il dit, ce n'est pas les autres. L’enfer, c'est d'être seul au milieu des autres. Et comme il a raison. Le paradis seul ? Jamais. Plutôt l'enfer avec quelques potes et une bonne bouteille de Laphroaig. Heureusement, je n'étais pas tout à fait seul. Ma voisine de bungalow taudis s'est prise d'affection pour moi : Polonaise, post-hippie mystico-folle et quinquagénaire, opulente, généreuse et venue 'en célibataire' (en français dans le texte) ; on a pas mal trainé ensemble. Elle avait mal aux bronches, j'avais de l'ibuprofène ; elle avait la fièvre, j'avais du paracétamol, elle cassait ses lunettes, j’avais un petit tournevis etc. Elle était venue ici en 87, et à Phuket en 89, et c'était quand même mieux alors. Son premier mari était chirurgien et l'avait poussée à arrêter l'enseignement pour ouvrir un centre de théâtro-thérapie pour enfants sauvages en Pologne. La suppression des subventions du gouvernement l'avait obligée à plier boutique après seulement 5 ans... Elle était donc entrée à l'UNESCO comme coordinatrice de projets pour l'enfance et la culture en zone sud-est asiatique. Après 9 ans passés entre le Laos, la Thaïlande, les Philippines et la Malaisie, elle avait jeté l'éponge et vivait pour elle, d'île en île, avec ses palmes et son tuba. Incroyable. Des heures à l'écouter raconter sa vie étonnante et celle, plus rangée, de sa fille, qu'elle voulait absolument que j'aille rencontrer à Oslo : ''she's afraid with life, you know. she don't want fight. You know she not struggle and not opposition. she need man strong personnality, you know. confront. that I say to her all time. you should go meet ; you know. really.'' etc etc... Et puis bien sûr, que c'était mieux avant, que les gens deviennent bêtes et n'ont plus aucune initiative, aucun sens critique, que la télé leur mange la cervelle... fantastique... des heures de bonheur à chier sur ce monde pourri, le cul dans le sable blanc d’une des plages les plus belles de la planète... hé hé hé. Je vous jure, faut pas avoir honte !

Mais au bout d'un moment, l'île, ça allait bien. Le dimanche 6 mai sur le coup de 16h (donc environ 10 du mat’ en Europe), j'ai repris un bateau vers la terre, puis un taxi partagé avec 3 américaines hautaines et nunuches, pour aller m'entasser dans une backpackers' house de Kota Bahru, et me coller avec une soupe de nouilles devant Internet, élections obligent. 2 soeurs parisiennes (des soeurs de famille, pas des bonnes soeurs) sont venues se joindre à moi, on a bu du lait de soja et attendu en interrogeant Google, pour finalement trouver vers minuit, sur le site du Temps, journal suisse, les résultats d’un sondage non diffusable/non diffusé en France : réalisé jusqu'a 17h30 en sortie de bureaux de vote parisiens, il donnait 75% de suffrages exprimés, Sarkozy gagnant à 54% et une fiabilité supérieure à 95%. Donc on est allés se coucher, pour constater le lendemain que c'était bel et bien vrai. Je ne vais pas m'étaler, je respecte la décision de 54% d’entre nous, mais je ce que je pense depuis, c'est qu'un peu plus d'1 Français sur 2 est bête, méchant ou crédule. Et c'est possible qu'il y en ait qui cumulent crédulité, bêtise et méchanceté. Passons...

Le lundi, visite de Kota Bahru au ralenti : kapitale du batik, du cerf-volant et de la toupie sportive. J'ai donc visité des musées avec des cerfs-volants, des toupies de sport (comme les autres mais en plus gros) et des pièces de batik, quelques mannequins en cire et habillés de batik en train de lancer des toupies ou de découper des cerfs-volants etc... Et bien sûr, le musée des sultans de Kota Bahru, avec des pièces incroyables (mais vraies) comme le décapsuleur Mickey ramené de Floride au jeune sultan par son parrain en 1977, une maquette d'A380 offerte par Jacques Chirac au sultan en 2005 et la collection de chapeaux et de miniatures de fusils de guerre du sultan. La culture a un prix qui n'est pas à la portée de toute les bourses, je vous le dis... j'ai même assisté à une démonstration de toupie sportive d'endurance, dans laquelle deux équipes doivent faire tourner d'énormes toupies de bois et de métal (toupies de sport, donc) le plus longtemps possible. A l'aide d'une corde enduite de wax et passée autour du bras pour éviter les accidents, un homme surpuissant et très très vieux (c'est un art difficile, le lancer de toupies) les amorce. Une fois lancées, on les bloque sur un socle anti-frottement et on regarde, donc, laquelle tourne le plus longtemps, ce qui dure... 1h45 environ, pour les meilleurs joueurs. Ça, c’est du sport, madame. Ça vous fait des parties d'un rythme incroyable, avec des rebondissements inattendus, et face auxquelles le curling passerait presque pour un sport de combat à la violence et au suspense insoutenables.

Fort de ces enseignements riches, je me suis tiré le lundi soir par un bus de nuit pour Penang. Bus de nuit un peu spécial, d'ailleurs, qui ne fait pas que partir et rouler pendant la nuit : il ARRIVE aussi pendant la nuit. J'ai attendu entre 4 et 6h du matin à la gare de ferries pour embarquer pour l'île de Penang où je suis encore. La ville principale, Georgetown, est un ancien comptoir de la compagnie des indes orientales. C'est magnifiquement rococo (roccocco?), dans la plus pure tradition du luxe cosy colonial, toujours de bon goût. Mais désormais décati et croulant. Un peu dandiesque et décadent, un peu vieux bourgeois en fin de règne. Un beau fort, des maisons magnifiques, des shop-houses, ateliers et entrepôts aux enseignes rouillées, défraîchies et où se mêlent les influences indienne, chinoise, thaï et malaise. Une atmosphère tout à fait charmante et un rythme délicieux. Ah ! Les effets positifs de la colonisation. Ahum... Après avoir arpenté le centre-ville à pied et m'être fait violence pour ne pas photographier CHAQUE maison en ruine, CHAQUE volet ou store rouillé, CHAQUE triporteur à pédales chargé de cartons douteux, j'ai finalement loué une moto et me suis lancé à l'assaut de l'île. La moto est une chose différente en Asie, je viens de l'apprendre. J'ai choisi une boite manuelle, comme les vrais, les bikers, les purs et durs, ceux qui portent des culottes et des bottes de moto, des blousons de cuir noir avec des aigles sur le dos. On m'a donné une Honda surprenante : 110cm3, monocylindre 2 temps, boite séquentielle de 4 vitesses, toutes vers le bas. Pas d'embrayage, pas de point mort. Et en plus, on roule à gauche. Enfin, la consigne, c'est de rouler à gauche. En pratique, on fait ce qu'on peut et on klaxonne. Les gens sont trrrrrrrrès courtois et les accidents sont plus rares que ce qu'on pourrait raisonnablement espérer. J'ai donc pu aller voir un jardin botanique plein de macaques et d'orchidées, des temples, des mosquées, des églises, des pagodes, un temple aux serpents, sans un seul serpent dedans (normal Sahib, on les laisse entrer dans le temple que la nuit, quand les visiteurs sont partis, sinon c'est trop dangereux, tu comprends, Sahib...), un parc naturel avec de la jungle et des criques désertes, des villages de pêcheurs etc. J'ai eu un rendez-vous avec une couchsurfeuse chinoise, au marché du village où travaillent ses parents, pour goûter tout ce que l'île compte de spécialités, aller acheter des crevettes fraîches et visiter les vergers et cultures de ses parents, maraîchers de leur état. Incroyable, fantastique.
Côté culturel : c'est de plus en plus incroyable ce que je bouffe (oui, je sais, j'ai des notions de la culture assez abdominales) dans ce pays ! Cette fois-ci, le riz bleu au poisson, le pisang murtabak (une sorte d'omelette-crêpe à la banane) et le laksa penang, une soupe de nouilles de riz épicée avec des bouts de poisson un peu douteux. J'ai goûté un truc incroyable : les chinois de Penang font un sirop glacé avec la pulpe du lao-hao. Son noyau, séchée, n'est autre que... la noix de muscade. Ca donne un putain de sirop ultra fort, qui fait mal au bide et à la tête en 2 minutes, même qu'il en reste encore plein à boire après ça et qu'on veut pas offenser son hôte... Et pourtant Dieu sait que j'aime la muscade et que j'en fourre dans tout ! Autre chose ? Ah oui ! Et je termine sur ça : j'ai enfin goûté le duryan. Le roi des fruits selon les Malais. C'est réputé très fin, très raffiné. Un met de prince. Alors bien sûr, d'accord, ils en conviennent, le fruit mûr sent mauvais (ça pue le chien mort). Mais alors, mauvais. C'est bien simple, tu marches dans la rue en Malaisie et tu as la sensation tout d'un coup qu'il y a un amas de chiens morts d'entérotoxémie depuis plusieurs jours juste à côté de toi. Tu tournes la tête et tu trouves invariablement un étal de fruitier qui vend des duryans. D’ailleurs, c'est interdit d'en introduire dans les hôtels ou les auberges en Malaisie, tellement ça pue ! Eh bin, je l'ai goûté. Et, surprise, ça produit exactement en bouche l'effet que ça produit dans le nez. C'est comme manger une dizaine de chiens morts d'entérotoxémie depuis plusieurs jours. Dieu du ciel, tous les goûts sont dans etc etc... En rentrant à Georgetown ce soir (18h), je suis tombé sur un temple bouddhiste immense, sur la colline qui surplombe la ville. Ils étaient en train de fermer mais j'ai pu entrer et me balader un instant, le nez en l'air, fasciné, jusqu'à me trouver nez-a-nez avec une déesse de 36m de haut (tu avais raison Guilhem, mon bouddha de 5m au Japon était ridicule), toute dorée au soleil couchant, en train de nous regarder avec un air bienveillant. Son sourire m'accompagne encore et je vous l'envoie donc, plein d'espoir et de lumière... Voilà. Désolé pour ce mail outrageusement long ; prenez soin de vous tous - individuellement, et dans la mesure de ce que la morale autorise, mutuellement - et a bientôt. Keamanan!

le carnet de voyage (3) - avril à septembre 2007

Semaine 3 – Malaisie – 17 mai 2007

Troisième épisode : la Malaisie, toujours... enfin, je dis ça mais personnellement, je ne m'en lasse pas ! Bon. Je nous avais laissés au temple de Kok Lek Si, à Penang et à sa déesse de la miséricorde. 36,50 mètres de miséricorde, ça laisse une bonne marge de fautes et de faiblesses à se faire pardonner, hein ? J’ai fini mon séjour à Georgetown par un dîner scandaleusement luxueux et copieux avec Krish, mon hôte couchsurfer : bouffe indienne servie sur feuilles de bananier et sans couverts. J’ai donc appris à manger avec les 5 doigts de la main droite et, si possible, seulement les 2 premières phalanges. Ça fait appel à des techniques et des positions qui valent la pratique de n'importe quel instrument de musique. Impressionnant, vraiment. Pour le riz, pour les currys, tandooris et autres, pour découper les naans et le tosai (crêpes de riz) et les tremper dans la sauce sans en foutre partout... toujours avec une seule main... putain d'exercice, surtout pour un gaucher convaincu. Locaux hilares et majorité des touristes qui utilisent tout simplement des couverts, mais ça commence à venir !

Le lendemain matin, bus pour les Cameron Highland, le haut plateau (enfin, pas trop haut quand même, entre 1300 et 1500m d'altitude) couvert de terrasses de thé, de vergers et de strawberry fields (forever?). C'est ici qu'est produite la majorité du thé consommé en Malaisie : ça moutonne et ondoie doucement en vallonnements d'un vert profond et brillant qui tranche avec celui, plus vif et sauvage, de la jungle environnante. C'est ici aussi qu'on peut profiter d'une température douce (20° C), de nuits fraîches et de soirées entre voyageurs. Une petite laine est bienvenue autour du feu de camp, j'ai révisé quelques vieux tubes sur une guitare pourrie et rongée d'humidité, bu un verre de vin rouge californien dégueulasse, trop sucré et qui gouttait à cassis, pour les 23 ans d'une américaine gentille mais hystérique et bruyante ! J'ai pu m'attaquer aux deux gros sommets du secteur : le Gunung machin et le Gunung truc, respectivement 1850 et 2000m, on ne rigole pas ! Le LonelyPlanet parlait de treks harassants « prévoir la journée et un guide, beaucoup d'eau et de la nourriture au cas où etc. ». C'est l'affaire de 2 petites heures, retour compris, sur des sentiers pavés ou casi-goudronnés (cf. les excursions dans la montagne japonaise, dans le même style. Après, on pourra se moquer des Ariégeois rustres et barbus, pff!). Du coup, c'est le moment de vous faire une confidence : il y a un truc un peu fatigant dans la politique touristique en Malaisie : 2007, objectif 20 millions de touristes... c'est ambitieux, c'est lucratif, c'est du développement, okay. Mais ils se sentent un peu obligés de te vendre toutes leurs merveilleuses lanternes, et ils te fourguent pas mal de vessies dans le lot... Autrement dit, les somptueux parcs naturels sont parfois des petits coins de nature assez ordinaires, les sublimes temples, des gymnases années 70 repeints et ornés de statues en plâtre, les musées culturels des entrepôts chargés de batiks au kilomètre et de vrais faux bouddhas d'inspiration birmane en pâte à bois... et le tout, avec une navette dès qu'il y a 100 mètres à faire à pied et un guide diplômé d'état pour que tu ne te perdes pas le long de la plage... pris en charge, pour ne pas dire pris en chasse, tu signes des registres toutes les 20 minutes avec ton nom, numéro de passeport et ton heure d'entrée, puis on te remet pompeusement un "pass" qui te permet de parcourir 20 minutes de sentier en bitume au milieu de cocotiers faméliques pour arriver à une plage déserte sur laquelle se tiennent 8 baraques à frites avec frigo et ventilo. Appelons ça (vous me pardonnerez le calembour à 2 balles), "le cocon malais" : tout pour que le touriste se sente bien enveloppé et conseille à ses amis la destination authentique la plus safe du monde. Moi qui rêvais de turista, de piqûres de requins et de lutte à mort avec des singes à dents de sabre, me voilà tout marri... Le seul élément qu'ils laissent vraiment 100% naturel, c'est les moustiques. Merci!
Cameron Highlands, ce fut aussi une fantastique rencontre avec les fidèles d'un centre Sai-Baba (un truc hindou un peu paroisse-kermesse version ayurvédique, je vous laisse vous informer sur http://www.saibaba.org/) : venu pour une conférence mais arrivé trop tard, j'ai eu le privilège de chanter (!!!) et méditer avec 2 familles d'indiens locaux, puis de partager un curry végétarien fait maison (tout simplement délicieux) avant de discuter une petite heure avec leur adorable, moustachu et prosélyte chef de famille. Très intéressant, très attachant, tout rayonnant de foi et d'amour envers son prochain. On a parlé de cette femme qu'il connaissait, atteinte de leucémie aiguë myéloïde, qui était venue voir le Sai-Baba (docteur prêtre ayurvéda) juste après sa chimio "qui n'avait servi à rien qu'à lui faire perdre ses cheveux, en plus", et le Sai-Baba avait fait disparaître les cellules leucémiques de son sang. Oui, enfin, je veux bien mais si ce n'est pas précisément le boulot de la chimio, ça, d'éliminer les cellules leucémiques circulantes... Si on me prouve que le Sai-Baba est efficace contre les cellules souches, là, je signe tout de suite mais je m'égare dans des réminiscences professionnelles et l'essentiel est ailleurs. C’est que la foi, mon bon monsieur, déplace des montagnes. Sur le chemin du retour (4 kilomètres, hors de question de prendre un teksi), les divinités ont décidé d'entériner la purification de mon esprit d'occidental par la lumineuse doctrine en purifiant aussi... mon corps et mes fringues. Je crois qu'avant ce jour-là, je n'avais jamais connu LA pluie ! J'étais la pluie, j'étais toute l'eau, j'étais le fleuve, j'étais le flamand rose qui ne voit pas ses baskets, perdus dans 8 ou 10 centimètres de boue même au milieu de la chaussée. Douche chaude à l'arrivée, thé local, fourrure polaire et guitare au coin du feu, puis départ le lundi après-midi pour Ipoh.
A propos d'Ipoh, tout le monde m'avait demandé "Ah bon? y'a des trucs à voir là-bas ?". Eh bien, oui. Une petite ville coloniale désuète et ennuyeuse, des shop-houses et des bâtiments anglais néo-classiques blancs qui encadrent un terrain de cricket et un horse-polo country club aux gazons impeccables, des bukits : ces collines calcaires percées de grottes au coeur desquelles se nichent d'improbables temples hindous pleins de tortues et de divinités bienveillantes, et des spécialités culinaires délicieuses, métissées de Chine et de Thaïlande, j'y reviens tout de suite. J'ai été accueilli et hébergé par une couchsurfeuse chinoise, Mei Boh, et sa famille (père, mère et neveu sourd muet : j'ai essayé les 2 mots que je connais en langage des signes espagnol et hélas, non, 'giripollas' y 'ensalada' ne veulent rien dire en langage des signes cantonnais. A la fois, c'était prévisible...). Incroyable expérience, première leçon de cantonnais, bouffe divine, marathon de 24h pour faire le tour d'absolument TOUT ce qui pouvait être vu en ville et dans un rayon de 10 km, le tout en Toyota climatisée, prise en charge à la gare de bus à l'arrivée, dépôt à la gare de bus pour le départ, juste après une séance de réflexologie pieds et jambes dans le centre des voisins thaïlandais. Le ré-alignement des lombaires par une jeune thaï au physique de nageuse est-allemande était en prime, je m'en serais passé mais j'ai tellement bien dormi dans le bus pour KL après ça que me plaindre serait déplacé ! Mei Boh m'a fait goûter les 2 spécialités locales : des nouilles de riz au poulet mariné au soja et le white coffee. LE whote coffee est une invention des englishes, assez réussie au demeurant : les grains de cafés sont torrefiés au sucre de canne et le produit est servi avec un nuage de lait, ça goûte subtilement à caramel et cacao, ça rappelle un peu ce truc qu'on appelle moka par chez nous (jamais su ce que c'était, d'ailleurs). C'est delicieux. Et quand ils servent ça accompagné d'un toast au kaya (sorte de dulce de leche fait avec du lait de coco), je pourrais chanter le god save the queen en slip kangourou sous l'orage tellement c'est fuckement bon!

Voilà pour cette semaine : mercredi 16, je suis de retour à KL. La chaleur et la moiteur d'une aisselle passée à la cocotte minute, des gens pressés qui gueulent, des teksis qui te hèlent, des camelots qui t'agressent pour que tu achètes des montres Polex, des sacs Buitton et du parfum Fior, des aubergistes qui te demandent trop pour des chambres pas assez... en plus, juste devant moi, un couple de backpackers australiens suants, l'oeil torve, se plaignent parce qu'à 25 ringgits la nuit (moins de 5 euros), pour 2 personnes, on ne leur donne qu'UNE serviette de toilette... t'as envie de lui dire que putain, le Hilton est à 300 mètres et la suite à 650 ringgits, que s'il ne peut pas envisager de partager la serviette avec sa conne de copine (qui a l'air VRAIMENT ulcérée par une telle négligence dans le service) une fois dans sa vie, il peut toujours appeler un teksi ! Mais bon, après une douche et un can de soy milk, tout s'arrange, on relativise et on se remet à aimer son prochain.

Tiens, d'ailleurs : retour à KL et amour de son prochain, c'est le prétexte à un petit bilan après 3 semaines. Depuis mon arrivée j'ai rencontré des expatriés, des locaux, des voyageurs... et discuté avec des malais (musulmans, donc), des chinois, des indiens, des expatriés. C'est intéressant de confronter leurs points de vue sur la société malaise, beaucoup plus complexes que prévu... le premier aspect vraiment saillant, c'est que le modèle d'intégration réussi n'est pas si reluisant. Les Chinois, Indiens et Srilankais sont normalement des immigrés de 3ième voire 4ième génération : leurs grands-parents sont nés en Malaisie. On ne les appelle pas Malais pour autant. Ils restent toujours Cinois et Indiens. Le terme "fils du sol", ou Malais, est réservé aux musulmans. Toutes les ethnies vivent dans des quartiers séparés. Ont leurs restaurants, leurs magasins, leurs horaires et leurs corps de métiers. Les musulmans sont seuls à avoir droit à la sécurité sociale, mais ce n'est pas tout. Leurs enfants sont seuls à avoir droit aux bourses secondaires et universitaires, ainsi qu'aux offres de subventions pour la formation à l'étranger. Les femmes qui travaillent dans la police, l'administration, l'enseignement, indépendamment de leur religion, doivent porter le voile pendant le service. L'achat de terres ou d'immobilier donne la priorité, mais surtout, donne des tarifs préférentiels aux Malais. Et il va sans dire que le muezzim appelle à la prière à 5h30 du matin et 5 fois par jour avec un système d'amplification qui aurait fait vomir même les roadies de U2 sur la tournée de War... Ces quelques remarques pour dire à une époque où nous risquons d'en avoir besoin, que démocratie, laïcité et "liberté égalité fraternité" sont des héritages précieux (même si leur réalité est imparfaite), dont on aurait facilement tendance à oublier le prix. Préférence nationale, immigration choisie, ordre et autorité sont des thèmes qui ont plu à 54% d’entre nous, mais quand on voit le résultat sur le terrain, c'est pas tout rose. Fin de la parenthèse.

Voilà. Ce mail ne dépareille pas 2 des précédents... A toutes fins utiles, n'hésitez pas à demander si vous préférez que je vous retire de la liste de diffusion... on peut rester amis quand même, pas de problème. Prenez soin de ceux que vous aimez et de ceux qui vous aiment et à bientôt.

le carnet de voyage (4) - avril à septembre 2007

Semaine 4 – Malaisie – 24 mai 2007

Quatrième épisode : ça commence à sentir bon la saga. Promis je ne vous ferai ni dynastie ni les feux de l'amour, je n'ai que 4 mois. Menu du jour : Malaisie, suite et presque fin ! Pour épicer un peu la sauce et mettre un peu de nouveauté avant que la routine ne nous endorme, cette fois-ci j'annonce la couleur en préambule : 3 révélations au programme.

Je suis donc repassé par KL pour 2 ou 3 jours a priori, histoire d'en finir avec les trucs à touristes que je n'avais pas vus jusque là. Et pour essayer de sortir un peu avec la troupe du climbing trip de la semaine 1, aussi. Vu quelques temples supplémentaires, mais sans plus, et visité le plus grand jardin d'orchidées du monde, la plus haute volière à papillons du monde, le plus gros attrape-couillons d'Asie du sud-est. Faut dire qu'ils s'y entendent dans le créneau Guinness book : il suffit de créer une nouvelle catégorie dans laquelle tu puisses te targuer d'être numéro un. A quand la piscine municipale avec les carreaux de douche les plus marron du monde? Ou le musée avec le plus de toilettes par étage du monde? En un mot, j'ai coché tous les trucs de mon LonelyPlanet histoire de pouvoir dire "ouais ouais, ça aussi j'l'ai fait"...
Bon, je suis quand même allé visiter les Batu Caves. Comme leur nom ne le laisse pas soupçonner, il s'agit d'une bukit (colline calcaire) percée de grottes. Grottes qui ont ceci de particulier qu'elles sont squattées depuis plus d’un siècle par des swami hindous avec de gigantesques barbes ET de gigantesques statues kitchissimes en colorama. C’est assez extraordinaire. Le soir même, je suis allé grimper à la salle de KL avec les potes d'Arnaud, puis boire un jus avec des nouilles au curry. Je devrais dire 'boire un jus avec eux, accompagné de nouilles au curry' sinon c'est ambigu... Très bonne soirée au demeurant mais je ne m'attarde pas plus parce que je n'avais plus qu'une idée en tête alors : me tirer de KL !
Première révélation : cette ville est la chose la moins agréable que j'aie vue, à ce jour, en Malaisie. Ca pue, ça va vite, c'est cher et laid, c'est excessif, c'est urbain, c'est moite etc. Dès le lendemain matin, j'ai donc tiré ma révérence et sauté dans le premier bus pour Melaka, 200 km vers le sud. Comptoir portugais puis hollandais puis britannique, poste stratégique sur le détroit éponyme et plaque tournante du commerce et de la navigation entre l'Inde et la Chine bien avant que les Européens ne découvrent la roue... une merveille ! Des shop-houses et de petites rues, des temples thaï et hindous, de très vieilles mosquées aux minarets égyptiens typiques, de vieilles baraques coloniales hollandaises et anglaises, un fort et des églises portugaises, des trishaws fleuris qui jouent de la musique en transportant les clients ravis, une communauté de métis portugo-malais qui parlent un dialecte - le Kristan - aux accents brésiliens ("boa dia, onde va bos, senhor?"), des antiquaires spécialisés dans les vieilleries en cloisonné art-nouveau, pieds de lampes à motifs végétaux et autres bouddhas birmans en jade craquelé. Alors, on mange des boulettes de poulet et de poisson aux épices, on flâne, on se perd dans le (c'est reparti) "plus grand cimetière chinois du monde hors de chine", 25 hectares quand même... tout est lent et beau, pour un peu tout ne serait que calme et volupté. Le ciel est par-dessus le tas ; ô lac, suspends ton vol. Enfin n'exagérons rien...
La guesthouse où j'avais prévu de rester étant complète, j'ai erré un peu et suis arrivé à une autre, vieille, vieille demeure de 1916, plâtre qui s'écaille au plafond, bassin en petits carreaux de faïence dans la cour intérieure, pour tremper ses pieds entre les fougères, et chambres minuscules mais saines et claires. Une vieille dame respectable, anglaise du Lake District, aux yeux gris-bleus perçants et aux cheveux gris un peu anarchiques, m'est tombée sur le râble, ravie de pouvoir me parler anglais, puis français, puis espagnol. Elle m'a proposé de me doucher en vitesse et de couvrir mes cheveux pour l'accompagner à "une fête hindoue pas loin de là, ils servent le repas gratuit". Devant un tel argument je me suis exécuté, ai mis un turban sur mes cheveux encore mouillés et l'ai suivie - escortée devrais-je dire - pendant qu'elle me racontait ses années de jeune fille au pair à Marseille puis Madrid, entre 57 et 61, puis les 5 ans à Ibiza où elle avait rencontré la troupe qu'elle avait ensuite suivie en Inde dans un camion... On est arrivés au temple hindou, qui n'était pas un temple hindou mais la maison et dernière demeure d'un saint Sikh décédé en 1973. La fête en question est le rassemblement annuel des Sikhs d'asie du sud-est, tous descendants d'émigrés du Punjab, en mémoire de ce saint (sain baba singh). Ca s'appelle Barsi, et il faut essayer de s'imaginer une grande esplanade couverte par un chapiteau destiné à accueillir 10 à 12000 personnes pendant 3 jours. Lecture du Livre Sacré sikh en continu (50 heures non-stop), musique classique indienne (tabla, harmonium et chant), prières et méditation, don du sang (!!) et service de repas gratuits pour tous 24h/24. Ca dépasse l'entendement. J'ai laisse Elizabeth partir à la sieste après le déjeuner et ai commencé à me promener au milieu de grands hommes mats et barbus, avec d'interminables rouleaux de cheveux sous des turbans colorés et de jeunes et moins jeunes femmes punjabi en saris de fête, couleurs vives, perles et bracelets en argent, certaines tellement incroyablement belles que j'ai manqué me cogner ou tomber en catatonie. Des yeux d'une couleur que je n'avais jamais vue avant et dont je ne soupçonnais pas l'existence sur terre. Ehem... J'ai rencontré 2 gars à peu près de mon âge, Satpal et Indy, qui m'ont fait visiter, m'ont expliqué la philosophie et les bases de la foi sikh, m'ont présenté à TOUS leurs cousins, cousines, parents et grands-parents, m'ont invité aux sessions de musique et de méditation, m'ont fait communier et ont plus ou moins célébré à mon insu mon baptême sikh, non sans m'offrir le shekera, le premier d'une impressionnante série d'anneaux à porter au bras. Shekera que tu portes toujours au bras pour que toujours tu penses 'ce bras ne fera pas le mal'. Au rayon religion - chemin de vie, c’est du classique mais indémodable et efficace en toute circonstance. Ils sont partis dormir un peu à leur hôtel après avoir remangé un peu avec moi, et je suis allé faire un tour du côté des cuisines. En fait, toute la partie arrière de l'esplanade, où des groupes d'hommes et de femmes faisaient le service, la cuisine et la vaisselle. Je me suis assis parmi ceux qui, pliés en 2 sur des baquets de 100 litres, vidaient, rinçaient, lavaient, re-rinçaient puis essuyaient des centaines et des centaines d'assiettes et de gobelets en plastique. 2 heures plus tard - j'avais arrêté de compter les piles de 6 verres après la 200ième et j'avais les doigts frippés par l'eau et le savon - je suis parti manger un morceau avant de retomber littéralement sur mes nouveaux potes. Ils m'ont expliqué que le 'sevah', le travail volontaire pour la communauté, était un des piliers de la foi sikh et que si je le faisais spontanément et avec plaisir, je serais un bon Sikh. Trop cooooool ! Le lendemain matin je suis parti visiter Malacca quelques heures avant de retourner au barsi. Un repas de chapati, de currys et de morceaux de fruits salés, et je me suis posé à une table avec une dizaine de vieilles femmes qui épluchaient des oignons, coupaient des haricots verts et de la coriandre fraiche et rinçaient du chou-fleur. Deux heures et on a débité des dizaines de kilos de légumes que de gros barbus venaient chercher par cuvettes entières pour les jeter dans des marmites gigantesques, en y fourrant des sacs entiers de cannelle, de cumin et de clou de girofle. Proportions hallucinantes pour des plats délicieux et toujours végétariens : "nous les sikhs, on s'en fout, on peut manger ce qu'on veut, mais comme on accueille toutes les confessions librement, le meilleur moyen de ne mettre personne mal a l'aise, c'est de cuisiner végétarien"... Fascinant.
Encore une session de musique et de méditation, où je me suis fait offrir un CD du groupe qui jouait ses raggas sur l'estrade du petit temple, et puis encore le repas, et puis pas mal de gens qui venaient demander d'où je venais, si j'étais Sikh, si j'étais déjà allé au Punjab et s'il y avait beaucoup de Sikhs en france, si j'étais venu de France exprès pour la célébration etc. Je m'aperçois qu'il est impossible de raconter cette atmosphère, ce lieu et ces gens. Ca dépasse de loin ce que je suis capable de dire. Le dimanche midi, alors qu'on faisait de la vaisselle, le silence est tombé d'un coup sur toute l'esplanade. Fin de la musique, tout le monde s'est tu et s'est levé, les mains jointes. Le recitant a lu les dernières lignes du Livre et a béni l'assemblée. Fin du rassemblablement. En moins de 2 heures, tout le monde était reparti, à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande, en Indonésie, les tables et les chaises pliées, la cuisine démontée, des centaines de mètres carrés de tapis pliés et roulés dans un camion, la place balayée et déserte. Adieux chaleureux et très émouvants avec Satpal et ses potes, on se reverra... Et par-dessus tout l'impression, dimanche soir dans les rues de Melaka, que tout ça n'a pas vraiment existé. Une parenthèse magique et irréelle.
Deuxième révélation : je suis peut-être un Sikh qui s'ignore, mais Papa, si tu m'entends, c'est sans doute ton cas aussi. Essaie de laisser pousser tes cheveux et ta barbe, on en discute à mon retour !

Pour ma dernière journée malakaise j'ai rencontré et été hébergé par une couchsurfeuse chinoise gentille, un peu barrée et complètement alcoolique, qui m'a forcé à boire du mauvais vin australien jusqu'à pas d'heure en me racontant ses histoires de coeur et ses problèmes avec les mecs... C'était rigolo. Comprendre délicieusement ambigu. Et pour ne pas compliquer sa vie déjà frappée du sceau du chaos affectif, j'ai dormi dans la chambre d'amis. Hé hé. Hum... la suite est rapide : j'ai pris un bus, attendu 3 heures dans une gare, pris un autre bus, roulé 14 heures, attendu sur un trottoir pendant 1 heure, pris une mobylette-taxi, attendu, pris un minibus incandescent pendant 4h et puis un taxi, puis attendu sur une jetée en plein soleil pour prendre un bateau-taxi... mais ça y est !! Je suis au paradis : Krabi, Thaïlande. Tonsai Beach, le plus bel endroit au monde après ceux, rares, qui sont plus beaux, et surtout, paradis de l'escalade... Pan ! Et la suite au prochain numéro ; voilà. On reste dans la tendance des précédents : c'est long, je m'étale. A ma décharge, faut reconnaître que pour moi, ça a gagné en intensité, humainement et spirituellement. En densité, aussi. Il fallait le temps de trouver le ton et le rythme... Ça a beau être collectif, je pense à vous tous ; enfin, "à chacun" serait plus exact, en fait. Des hugs et des bises.

le carnet de voyage (5) - avril à septembre 2007

Semaine 5 – Malaisie-Thaïlande - mai 2007

Cinquième épisode sans doute un peu plus court (accès Internet difficile et hors de prix ici) et un peu plus ciblé que les précédents. Mes condoléances, donc, à ceux que l'escalade n'intéresse pas, mais alors pas du tout : je suis à Krabi, Thaïlande, c'est le paradis de l'escalade (et sans doute le paradis tout court), on est dedans toute la journée, je vais donc surtout parler... d'escalade.
Je ne m'attarde pas sur le voyage KL-Krabi : bus de nuit trop climatisé (mal à la gorge), queue à la frontière à la sortie de Malaisie vers 5h du mat' puis à l'entrée en Thaïlande vers 6h du mat', transfert à HatYai, où des tuk-tuks et moto-taxis te hurlent dessus pour te rançonner pour finalement ne pas te laisser là où tu voulais aller mais plutôt là où leur pote propose de te conduire pour plus long et plus cher… Le Thaï moyen doit être plus pauvre que le Malais moyen parce qu'il est plus aggressif, plus pugnace, plus prompt à te baiser et moins patient. Un premier contact plutôt tiède, du coup. Surtout après une nuit à tousser dans un bus trop froid. Arrivé à Krabi, je change encore de tuk-tuk et me retouve sur la plage, à attendre un hypothétique bateau : la course vers Railei et Tonsai (les plages des grimpeurs) coûte 600 baths. A toi de trouver des amis pour partager le bateau avec toi... Vers 14h, je suis enfin les pieds dans le sable de Tonsai Beach et plus rien n’existe et plus rien n'a d'importance et Dieu que c'est beau, ça dépasse l'entendement !

Total, je me trouve un chalet miteux et bon marché, pas en première ligne de plage, mais juste derrière, dans la jungle, je me débarrasse de mon gros sac et vais marchouiller et me baigner. Des paillotes plein la plage, des mecs avec des cordes et des baudriers sur l'épaule et surtout... les falaises et massifs calcaires les plus incroyables du monde. Les 2 premiers jours, je prends la température, me baigne, explore à pied, fais un peu de boulder sur la plage avec mes chaussons, discute avec tout le monde...
Je rencontre 2 gentilles israéliennes de 21 ans qui sont en vacances 2 mois entre leurs 2 années de service militaire et l'université. Rigolotes. Elles essaient de me faire gober que le shawarma est une spécialité israélienne (et nos amis les libanais, alors?), on passe une soirée agréable à un concert de reggae et puis elles partent le lendemain, en me disant qu'elles sont ravies de voir que tous les Français ne sont pas antisémites. Putain, qu'est-ce qu'ils ont tous avec ca, les Israéliens ? Ils en ont seulement jamais rencontré, des Francais... enfin bon, on s'échange les mails et mi casa es tu casa etc etc...

Il faut entrer dans le vif du sujet, maintenant que 2 jours ont passé. Tout autour de nous sur la plage, dans la jungle, en terrasse des bars, au large, au sud et au nord et partout : 200m d'à pics tout en collines, blocs et falaises. Et pleins de stalactites, de dévers et de toits, de fissures, de coulures, de tubes et de cheminées vertigineux, de bombés parfaits et de dalles lisses lisses lisses. C'est hallucinant comme le calcaire peut prendre, d'une section à la suivante, des aspects complètement différents : très lisse, très fracturé, granuleux, érodé ou en cire de bougie.
Du coup, la grimpe à Krabi est essentiellement déversante, souvent physique pour ne pas dire brutale, et quand les prises sont fines et les pas techniques, en général c'est tellement parcouru que c'est lisse et glissant comme du marbre... il faut donc se gagner les voies avec des pas type bloc qui sont pas donnés. Hé hé hé. C'est bien d'en chier aussi ! J'ai ouvert en tête des voies du 6a au 6b+ proprement. La plupart à vue, sauf quand les pas de blocs sont trop monstrueux et qu'il faut m'y reprendre à plusieurs fois. Et puis deux 6c+ mais alors, laborieuses, en perdant autant de litres de sueur que j'ai dépensé de kilos de magnésie ! Avis aux grimpeurs européens : on fait un convoi quand vous voulez pour y passer 2-3 semaines...

On rencontre facilement des gens avec qui grimper puisque 90% des gens sur Tonsai beach sont là pour l'escalade. De quelques jours à quelques mois, voire quelques années pour ceux qui n'arrivent plus à repartir. Je les comprends. On est tous un peu une famille, ensemble pour les p’tits déjs, puis en groupes pour grimper, puis ensemble vers 18h pour le coucher de soleil, à l'heure où les grimpeurs ordinaires sirotent un shake de fruits frais pendant que les sur-forts, tous muscles dehors, se font prendre en photo sur les 8b déversants sur fond de mer bleue-verte à quelques mètres au-dessus du bar... une des spécialités du coin, c'est le deep water soloing : des voies (dures) surplombant la mer, qu'on fait sans corde en se jetant à l'eau quand on a fini (non maman, rassure-toi je n'ai pas essayé !). J'ai grimpé essentiellement avec un petit québécois jeunot mais costaud, assez élégant quand il grimpe : Hugo, mignon et gentil, et un irlandais beau gosse barbu à cheveux longs, Kenny (le sosie de Sully dans Dr Quinn, femme médecin, pour les aficionados des séries pathétiques de M6. Mais si !! Le beau gosse avec un loup domestique...) qui vient de passer un an à travailler et bosser en Chine et Thaïlande. Il compte s'installer à Barcelone au retour en septembre, a des gouts musicaux plutôt intéressants et de la conversation. C'est rigolo ce que le monde est petit. Surtout que le lendemain, alors qu'on faisait la teuf avec un couple d'Australiens complètement allumés, j'ai croisé Xavi et Sonia, un couple de catalans de Santa Coloma (Barcelone). En congé sabbatique pour un an, ils sont à Krabi depuis 2 mois pour grimper, connaissent toutes les voies, tous les secteurs, tous les restaus et toutes les histoires de cul de toutes les serveuses, masseuses thaï, moniteurs d'escalade et autres locaux aux moeurs plutôt... légères. Je je je. Extraordinaires. Ce sont 2 habitués de la fuixarda et de Siurana en Catalogne, ils aiment bien la bouffe et le pinard, on rigole bien, et parler espagnol me fait un bien fou. Surtout quant on se dit que les shakes de pastèque et de mangue c'est bien joli mais qu'un peu de sobrassade avec du vieux fromage et des boquerones frais, ça serait quand même appréciable (ces deux-là promettent des gueuletons mémorables cet automne, après les week-ends d'escalade dans les Pyrénées...) ! J'ai donc passé le gros de ma semaine avec eux et Kenny et Hugo, entre roc et mer, à grimper toute la journée, à bouffer comme un roi et la perspective de partir après-demain me parait non seulement difficile à accepter mais en plus totalement saugrenue. Heureusement, après le dernier weekend à KL pour faire la fête et dire au revoir au climbing team, aux Sikhs et aux couchsurfers, je m'envole pour Bangkok où je retrouverai Mercè... déjà presque un mois et demi. Putain !

Côté culturel, la parenthèse sera culinaire et courte : du pad thai (nouilles grillées épicées aux légumes et à la citronnelle), le mango sticky rice, riz collant à la mangue tiède nappé de lait de coco salé. Bouleversant ! Et les incroyables shakes à tous les fruits possibles et imaginables. Plus toutes sortes de curries piquants et de soupes de riz. J'attends la fin des sessions d'escalade pour gouter au massage thaï traditionnel spécial grimpeurs. La culture locale s'arrête là. Des macaques débiles qui te volent tes bouteilles d'eau pendant que tu grimpes pour te les balancer sur la gueule 10 minutes après, des geckos volants qui ont l'habitude d'atterrir juste au coin de ton assiette de soupe de riz le matin, et des serpents que je me serais passé de rencontrer (les petites vipères arboricoles vert pétant, mais bon Dieu si elles sont arboicoles pourquoi est-ce qu'elles font la sieste sur le chemin de ma hutte? et un truc énorme facon python dont je n'ai vu, hereusement, que la tête et les 20 premiers centimètres)... il y a aussi quelques champs de cannabis arborescent entre le village et les falaises, entretenus et exploités par des hordes de reggaemen Thaïs - sosies de Bob en plus maigre et moins noir - qui racontent inlassablement la même vanne aux touristes "Hey Sir ! You know how Bob Marley he liked his donuts ? (...) - With jam in !" et ils se marrent pendant une heure en te montrant une bouche édentée, le mégot de ce qui a du être un 12feuilles ou un B52 coincé au bord des lèvres. Pour ceux qui ont un problème avec le calembour thaï anglophone, et souhaitent l'explication de la blague, je peux l'envoyer anonymement par sms sur simple demande...
Voilà pour la semaine à Krabi : l'Irlandais, le Québécois, les Israéliennes et le formidable couple de Catalans, j'ai passé des jours extraordinairement familiaux et conviviaux, cet endroit est magique, l'être humain n'est pas tout a fait foutu ni pourri et l'escalade est décidément un sport de dingues (j'adore). A la une du prochain numéro : dernier week-end malais, retrouvailles à Bangkok et Thaïlande en duo ! Peace.

le carnet de voyage (6) - avril à septembre 2007


Semaine 6 – Malaisie Thaïlande – 7 juin 2007

Sixième épisode, donc. Je m'étais arrêté un mercredi, sur le point de quitter Tonsai Beach, Krabi, Thailande. Et c'était le pied intégral : du soleil, la plage, l'escalade, des potes, des fruits frais et de la bouffe délicieuse ; le tout pour une poignée d'euros (même pas très grosse, la poignée). Comme la phrase précédente le laisse supposer, je ne suis pas parti le jeudi matin. Et ai "raté" le départ du vendredi... hum... pas envie de partir, pour être tout à fait honnête ;)

Les rites et cérémonies propitiatoires ont été intenses et émouvants : dire au revoir à tout le monde, faire mon sac, laisser ma hutte rustique et mes colocataires à poils, écailles et/ou cuticule, arroser copieusement la nuit du vendredi 1er juin (FULL MOON PAAAAAAAARTY), échanger les traditionnels emails pour pas se perdre de vue tout à fait etc... longue-queue bateau vers 9h le lendemain matin, de là un minibus pour HatYai (4h) puis l'attente dans une agence de voyages (3h) avant de monter dans un bus luxe et rouler vers KL (10h), en passant la frontière vers minuit et en arrivant en ville vers 5h du matin. Une sieste rapide et inoubliable - mes lombaires en tout cas s'en souviennent encore - sur la table basse du salon de ma guest house, la réception étant fermée... Et vers 8h du matin j'ai pu me doucher, récupérer mon sac en consigne, aller prendre le petit déj et flâner, passablement fatigué, en attendant l'heure d'appeler mes couchsurfeurs indiens du premier jour. Ils ont émergé de leur samedi soir de fête vers 15h30 et j'ai pu aller échouer dans leur canapé, café au lait et biscuits à la main, avant de commencer la cérémonie d'adieux avec eux : tournée des bars et restos mamak, retrouvailles émues avec les Sikhs de Malaka, nuit courte, journee du lundi trop courte, nuit du lundi beaucoup trop courte puisque je me suis levé vers 4h pour prendre un taxi puis un bus puis un avion et arriver à Bangkok vers 10 heures, encore une fois en sueur et encore une fois la tête dans le fondement. L'avion de Mercè n'avait qu'une heure de retard, on s'est donc retrouvés au détour d'un tapis roulant à bagages. Question intimité on a fait mieux mais pour le romantisme exotique et dépaysant, c'était parfait!


Et voilà : 2 jours très courts à Bangkok, ville folle, ville de fous. Tellement pleine de tout, tellement. Tellement qu’elle en déborde. Partout, tout le temps. C'est un peu comme la salle du bar tabac de la rue des martyrs : tout se vend, tout s'achète, le meilleur et le pir’. C'est un peu comme Venise, Montmartre, Londres et une autre planète à la fois. Ça coule et pue, ça brille et dégouline, ça bruisse et crie, ça roule et hurle, ça court et brûle, ça miaule et construit, ça s'écroule et cuisine toute la journée, partout, à perte de vue... hallucinant. Des temples, bien sur, des cafards de compétition, des food courts et des gargottes et des roulottes qui débordent de fruits et de beignets et de... choses. On a mangé un truc ce midi, dans du bouillon, que l'anatomopathologiste en moi n'a pas fini de diagnoser : vessie ou portion non glandulaire d'estomac ? Pour l'espèce, sans doute du porc. Chien non exclu. Envisager des immunomarquages pour confirmer le diagnostic. Le goût était heureusement discret et le bouillon, très épicé !
On part demain nuit pour ChiangMai, sur les conseils du couple barcelonais (sonia y xavi, les escaladeurs de Tonsai) dans lequel on a littéralement butté sur Kaosan Road, l'artère touristique "tee-shirts-tattoos-dreadlocks-sacs-à-main-bijoux-thai-massages-fruits-frais-marchandage-de-rigueur-mais-avec-le-sourire-n'est-ce-pas". On a passé une soirée avec eux en terrasse d'une gargotte, entre un padthai étonnament pas bon et de la friture de calamars... Une semaine plutôt intense. Qui est passée très vite en tout cas. Juste ciel ! J'ai fait tellement court cette fois-ci. On se rattrapera pour le prochain ! Des bises à tous et plein de pensées depuis là-bas. Peace.

le carnet de voyage (7) - avril à septembre 2007

Semaine 7 – Thaïlande – 14 juin 2007

Sawat Dee Krap ! septième épisode, et je tiens bon. J'espère que vous aussi. Le rythme est pris mais ça devient plus difficile de trouver le temps de me poser devant un ordinateur... Cette semaine a été folle. Pleine à ras bord. Débordante, trépidante. Belle.

Fin de journee, le soleil se couche sur un temple au nom imprononçable mais que la population locale appelle Temple on the hill. Pas particulièrement beau ni ancien ni rien, mais comme la lumiere descend sur le stupa doré (je sais pas ce qu'ils ont avec le doré en Thaïlande, mais ils aiment ça, c'est sur), on tombe sur un jeune israélien et un jeune moine bouddhiste en train de jouer au ping-pong sous le préau du temple. Le moine a été champion avant de se consacrer à des loisirs plus contemplatifs et moins terrestres. Il a de bons restes et le tournoi oechuménique (pardon papa, je ne sais toujours pas écrire ce mot) dans lequel on s'engage est sans pitié. Surtout que ledit moine - très boudhiste-joueur-de-go dans l'âme - ne dévoile de sa force que ce qui est nécessaire pour gagner mais pas trop, sans te mettre une branlée dans les règles. SangoKu, il pourrait s’appeler. On redescend du temple sur la colline avec la nuit, on mange très bien dans une gargotte thai et je me pose à Internet pendant que Mercè finit une aquarelle d'avant-hier... il fait frais... c'est le pied... je ferme les yeux une seconde et le flashback commence :

Après une journée fatigante vendredi dernier, à arpenter Bangkok pour partir sans regrets, on a pris le train de nuit pour ChiangMai, au nord, coeur culturel du pays et porte du triangle d'or : insurgés et francs-tireurs birmans, opium au kilo, femmes-girafes et sources chaudes. Les couchettes sont spatieuses mais sans compartiments : des alcôves le long du couloir avec un simple rideau, des ventilateurs dont les moteurs viennent des hélicoptères américains des années 60 et qui couvrent à peine le bruit du train, et des portes donnant sur la voie dont la porte a disparu... on dort étonnament bien et je me réveille vers 6h pour aller, de la porte ouverte sur la campagne thai, grimper à l'échelle et contempler le lever du soleil, le ruban du train et le panache de fumée de la loco diesel. Image de film et exotisme de bon ton, rizières et buffles, maisons sur pilotis, bambous et bananiers partout. Une heure magique.

On est à ChiangMai en début d'après-midi et on échoue dans une guest-house confortable ou on fait la connaissance de 2 américaines, 1 dominicaine (de République dominicaine, pas une soeur) et 1 tanzanienne qui voyagent ensemble. On loue un scooter pour visiter la ville, ses canaux, ses 300 temples, ses boutiques d'artisanat et ses marchés nocturnes. Délicieux, très agréable, calme et paisible. Des gens souriants, une ambiance détendue... On déjeune à la table d'un vieux monsieur thai qui suit des cours d'art boudhique à l'université de ChiangMai et nous parle de sa fille, médecin à Las Vegas. Il rigole parce qu'il connait Las Vegas et que nous, pas. On va voir un temple sur la colline, une cascade assez jolie, on découvre les joies du marchandage pour acheter des bracelets et des pantalons thai. Conclusion ? Il faut diviser par 3 puis lutter ferme pour remonter le moins possible. Si tu commences plus haut, tu te fais avoir. Enfin, on s'inscrit à une journée de cours de cuisine pour le lendemain.

Cours de cuisine simplement génial. Organisé, rodé et huilé pour les touristes, mais peu importe. On commence par le marché local pour découvrir et choisir les ingrédients : sauces et pâtes de curry, épices, herbes, légumes, fruits, viande. Quelle sauce de poisson ? Comment choisir la noix de coco ? A quoi sert la feuille de citron vert ? Je pose LA question qui me hante depuis des années : "comment on choisit les mangues?". Rire du guide-cuisinier, jeune, grand et dégingandé, gay jusqu'a la moëlle et incroyablement gentil et rigolo - son repertoire de vannes en Anglais est à la hauteur de celui de Paul Cabanié (avec tout le respect, Chef), ce n'est pas peu dire - "il faut demander au vendeur et si on a de la chance, lui il sait" ! Okay... de là, on file à l'école de cuisine, on a la démonstration puis on prépare chacun une soupe de poulet au lait de coco, on s'assied et on la mange. Délicieuse. On retourne en classe et on fait pareil avec des nouilles sautées au porc et aux légumes. On s'assied et on mange. Burps… délicieux. On fait pareil avec un curry rouge au poisson. On s'affale lourdement à table et on essaie de finir l'assiette. Sublime, vraiment. Puis vient un sauté de champignons sauce aigre-douce. On rampe jusqu'à la table et on trempe les baguettes dans l'assiette, on les porte poliment à la bouche avant de courir aux toilettes. Tout à fait succulent. Il est 14h, il fait une chaleur torride, on est pleins comme le slip d'un incontinent et il faut maintenant trouver le chemin de la salle de classe pour la démonstration de la papaya salad. On prépare chacun la sienne et on va la regarder dans les yeux, le ventre gonflé, inertes, dans la salle à manger. Vient ensuite le gateau de banane à la vapeur, sublime, et le sticky rice (du riz maintenant !!!!!) pour le dessert. En fait, je noircis le tableau pour rire: tout était vraiment délicieux, le cours agréable, on a appris plein de trucs, rencontré un couple de québécois très sympas, en voyage de noce, discuté un long moment avec notre prof thai (fan de ciné asiatique), on a compris et découvert comment faire de la nourriture différente avec des ingrédients somme toute pas si différents, et SURTOUT, on a bouffé comme des chancres pendant toute la journée ! Inoubliable.

Le soir même, lassés des scooters, on loue une vraie moto (Honda super four 400cc, en assez bon état) et on prépare un petit sac pour le lendemain. Direction Pai. Le trajet pour Pai est un vrai plaisir : une route sinueuse et bien entretenue, 140km de courbes serrées, de montées et de descentes qui rappellent le piémont ariégeois ou l'arrivée à Lacaune. Enfin, la jungle, les camions fous et les gens à 4 sur une mobylette en plus. La mise en garde du lonely planet s'avère vraie : "il y a en Thaïlande une troisième voie de circulation, invisible pour les non-thais, située au milieu de la route, et que tout un chacun peut utiliser à sa guise". Hum… On s'arrête pour manger dans un marché pittoresque à mi-route, on y reste une heure et demie jusqu'à ce que le déluge qui s'est abattu sur nous 5 minutes à peine après notre arrivée s'arrête, on attend que le torrent de boue couvrant la chaussée nous laisse apercevoir la roue avant de la moto, garée sur le bas-côté, et on repart pour le dernier tronçon. On cherche à soudoyer un garde forestier pour qu'il nous laisse aller voir un geyser sans payer les 400 bahts chacun pour l'entrée du parc naturel. En vain, il est inflexible. Tant pis, on en verra d'autres...

Pai est un village délicieux et hanté par le souvenir des hippies occidentaux qui l'ont tiré du néant et de l'oubli il y a une quarantaine d'années. Des bars musicaux qui fleurent bon le vieux jazz poussiéreux et le dreadlocks-ganja-reggae, des boutiques de livres d'occasion, toutes langues et tous genres confondus, des guest-houses qui proposent des "huttes rustiques dans les arbres avec vue sur la riviere pas cher" (comprendre sales et déjà occupées par des punaises, des geckos et des colonies de moustiques). J'avoue que la hutte dans l'arbre qu'on a visitée était trop roots pour moi. Et oui, qui l'eut cru ? On choisit, pour le meme prix - dérisoire - une hutte avec douche CHAUDE (3 semaines après la dernière, c'est un luxe que je goûte sans remords) dans un complexe tenu par le vieux et sympathique mister Jan, un herboriste chinois qui a planté là quelques huttes, un jardin médicinal dont les plantes et préparations sont mises gratuitement à la disposition du voyageur et un sauna gratuit. Seulement voilà: personne n'allume le feu du sauna le matin et les inondations de l'an dernier ont noyé le jardin botanique. Alors, publicité mensongère ? Nooooooon. Et pour le prouver, il offre à Mercè des bouts d'aloe vera machonnés par ses 10 chats, pour qu'elle oigne ses brûlures de friture du cours de cuisine de l'autre jour. Je constate avec soulagement que non, je ne suis pas jaloux : un vieil herboriste chinois peut oindre ma copine d'aloe vera sans que je me mette à bouillir !

Notre voisin est un catalan de Barcelone, pour changer. On discute un peu et puis on file s'inscrire pour une promenade en éléphant. Désolé. C'est un truc débile pour les touristes mais, oui. On en avait envie tous les 2 et faut pas bouder son plaisir... au retour, on prend la pluie sur la moto, on est morts de froid et de fatigue, j'ai la fièvre et une attaque de froid-maladie-désespoir irrationnel. Je dors 10 heures et tout s'arrange. Ce matin, donc, on part rencontrer notre éléphant. Une jeune fille de 47 ans étonnament fraiche et saine. On s'installe à cru sur son dos rapeux et on se balade, un sourire béat aux lèvres, dans la forêt environnante. Après une heure et demie, on pique droit sur la rivière, un marigot boueux et malsain gonflé par les pluies torrentielles de la veille et on le descend pendant un petit quart d'heure jusqu'à ce que, s'élargissant, le courant diminue et l'eau s'apaise. L'éléphante qui n'attendait que ça bascule sur le côté et nous fout à l'eau, puis s'étale dans le courant et nous douche avec sa trompe. Le guide, sur la berge, se bidonne en tirant sur sa pipe à opium puis nous oublie complètement, le regard dans le vide. On rigole un bon coup, on fait les cons avec l'éléphant qui trompe énormément et nous trempe énormément, puis quand il s'assied, on remonte sur son dos et hop! Il se plie en deux, nous refout à l'eau et le guide revient à lui pour recommencer à se foutre de nous, dans l'eau marron, sous la trompe-douche. On rigole un bon coup, on fait les cons avec l'éléphant qui trompe énormément et nous trempe énormément, puis quand il s'assied, on remonte sur son dos et hop! Il se plie en deux, nous refout à l'eau et le guide revient à lui pour recommencer à se foutre de nous, dans l'eau marron, sous la trompe-douche. On rigole un bon coup, on fait les cons avec l'éléphant qui trompe énormément et nous trempe énormément, puis quand il s'assied, on remonte sur son dos et hop! Il se plie en deux, nous refout à l'eau et le guide revient à lui pour recommencer à se foutre de nous, dans l'eau marron, sous la trompe-douche. Heureusement, à la 5ième fois, ça s'arrête, on rentre à la maison, où la patronne, hilare, nous offre un bain dans sa source chaude perso, qui coule derrière la hutte de l'éléphant qui trompe énormément. Après ça, on fait la tournée des temples du coin puis sur le coup de 3 heures, on s'écroule, morts de fatigues et puant l'eau souffrée de la souce chaude, dans notre hutte. On émerge vers 6 heures pour une douche et pour monter au temple sur la colline où nous attend le tournoi de ping-pomg oechumén... enfin, vous êtes déjà au courant.

La suite ? On explore la région demain à moto avant de retourner vers ChiangMai. De là, on ne sait pas trop mais on retrouve possiblement les 4 filles de la pension pour passer au Laos. On verra... Semaine énorme et qui est passée tellement vite. J’avais des a priori négatifs sur la Thaïlande (sexe, drogue, tourisme de masse etc.) et comme souvent avec les a priori, ils cachaient une réalité beaucoup plus complexe et nuancée. Jamais trop tard pour ouvrir les yeux, hein ? On vous embrasse tous, faites gaffe à vous et profitez de l'arrivée des beaux jours ! Peace.

le carnet de voyage (8) - avril à septembre 2007

Semaine 8 – Thaïlande Laos – 22 juin 2007

Sabai Dii à tous ! (comme tous ici le disent à la moindre occasion, et à propos de n'importe quoi, le lao et le thaï, c'est same same... but different)
Huitième épisode : je glisse sans m'en rendre compte du deuxième au troisième mois de mes errances dans le sud-est asiatique... après 3 semaines, Mercè se porte comme un charme et - jusqu'ici - aucun parasite ni microbe poilu n'a eu raison de notre enthousiasme ! Je lis du mail de la semaine précédente quelque chose qui me laisse songeur : "cette semaine a été folle. Pleine a ras bord. Débordante, trépidante. Belle."... celui qui a écrit ça n'avait pas encore vécu cette huitième semaine, ne savait pas ce que c'est qu'une semaine folle. Pleine à ras bord. Débordante, trépidante. Belle. Moi je le sais, je viens d'en vivre une ! Je vous ai laissés à Pai, village hippie poussiéreux du nord de la Thaïlande, avec ma fière et puissante moto etc... juste après avoir posté le mail, on part pour Soppong avec la fière et puissante moto, qui, de virage en virage et de côte en côte, est de moins en moins fière et plus très puissante. En dessous de 5000 rpm, elle n'a rien à offrir et au dessus, pas grand-chose à part un bruit qui donne envie de pleurer et l'aiguille du thermo au grimpe en flèche. Quand elle cale finalement en première à 30 à l'heure dans une petite montée, on lâche l'affaire et penauds, la queue entre les jambes, on fait demi-tour et la lance dans la descente vers Pai... où aucun mécano ne veut y toucher (pas plus de 125cm3, Sahib, on sait pas faire). Le loueur de ChiangMai propose qu'on la lui ramène au plus vite et c'est ce qu'on fait. En 2 heures de temps, l'affaire est faite, les sacs bouclés et on a lancé la bête molle sur les 140km de virages serrés. A la vitesse où on roule, pas de danger !

En revanche, la saison des pluies fait une entrée impromptue et très remarquée dans l'après-midi et on doit faire des pauses de 40 minutes tous les 8 km pour s'abriter du déluge. Ça nous permet de faire le plein de lait de soja dans la gargotte de chaque village et de rencontrer un vieux, tellement vieux et tellement content de nous voir là, assis à sa table, qu'il commence à nous parler thai en souriant de toute sa bouche édentée. Il répète folong en montrant le ciel et en se marrant jusqu'à ce que (vous me pardonnerez la self-satisfaction) l'idée me vienne de prendre une feuille propre de mon moleskine pour lui dessiner, façon météo, un gros nuage joufflu, des cordes de pluie et un bonhomme trempé. J'écris "folong" à côté et lui tend le papier en disant folong. Il nous sourit comme jamais on ne m'a souri en 28 ans et se met à prendre papier et stylo pour dessiner une rue avec une moto, une maison et une table, le soleil, des voitures etc. et à énumerer et répéter le nom de chacune de toutes ces choses pour qu'on puisse le noter à côté. Chaque mot grignotte sur notre ignorance, nous rend tous les trois euphoriques et ça devient une sorte de pictionnary improvisé où on dessine chacun son tour un truc, qu'il doit reconnaître pour nous dire le nom : téléphone, bambou, camion (non David, on ne lui a pas fait pouet-pouet)... la pluie s'arrête et on repart, en lui laissant la moitié de cette brêche creusée dans la barrière des langues. Oui enfin bon, faut pas exagerer non plus :)

En vitesse : on arrive péniblement à ChiangMai avec la nuit, on décide de partir le lendemain matin pour Sukhothai et on boucle les sacs. Douche, padthai et mango sticky rice, nuit réparatrice et hop! 6 heures de bus escargot sous une chaleur harassante pour arriver, après avoir laissé les sacs à la guesthouse et loué un scooter, au complexe de temples avec le coucher du soleil. C'est comme une primo-injection pour Angkor Wat, la foule des touristes en moins : des bouddhas gigantesques dans un labyrinthe de ruines et de colonnes, de stupas et de bots en pierre sculptée, surchargés de frises et de gravures, tous plus vieux et rongés de pluie et magnifiques les uns que les autres. Malgré les quelques nuages, le ciel rose s'enflamme et se reflète sur les lacs couverts de lotus en fleur. C'est à pleurer. Comme on est perdus dans les kilomètres de piste du site, un gars nous prend dans son pick-up pour arriver au grand bouddha avec le dernier rayon de soleil et on rentre à pied avec la nuit. Quelques statues sont éclairées et on profite de la chaleur accumulée des pierres avec les chiens errants qui vivent là : les moines bouddhistes les nourrissent et les accueillent dans tous les temples par ici. Retour à la guesthouse, dîner décevant (le seul à ce jour) au marché local et coucher tôt pour un lever à 5 heures : tout dort à la ronde, on saute sur le scooter et on retourne au temple tout vaseux pour le lever du soleil. Les dalles de pierre sont toujours tièdes et les chiens toujours avachis, on aurait pu rester là avec eux, non ? Personne à la ronde jusqu'a 7h et demie mais des nuages qui nimbent l'horizon.

On saute ensuite dans un bus pour SriSatchnalai, autre complexe same same but different à une heure de là. Même topo pour le coucher du soleil, sauf que j'étais décidé à passer la nuit à la belle étoile sous la moustiquaire et que l'orage qui gronde nous fait entendre raison : on loue 2 vélos et une tente au bureau du parc et après une soupe de nouilles vite avalée on va s'allonger, crevés, sous la nuit et la pluie... Le lendemain matin, 5h, lever de soleil sur les bouddhas en ruines, Mercè peint un peu et on saute dans le bus de 7h40 pour filer vers la frontière lao. Encore une journee de bus surchauffé et escargotesque, dans des paysages de collines, de vallées, de rizières et de forêts hallucinants. On passe la nuit à ChiangKong, avec poulet coco, sticky rice, vue sur le Mékong et sur le Laos, inaccessible pour ce soir.
Nuit fraîche et lever matinal (serais-je en train de m'habituer ? pire, de prendre goût au réveil qui sonne à 5 heures du mat' ? tant que c'est pas pour aller bosser, au fond...) pour prendre un long-tail boat qui, au raz de l'eau boueuse et spumante (allez, on laisse passer celui-là), traverse mollement LE fleuve pour nous conduire au bureau de l'immigration. Ambiance austère et uniformes impeccables, visa payable en dolllllas et rubis sur l'ongle, on se fait tamponner le passeport et on entre comme en religion en république démocratique populaire lao. Mon premier (et l'un des tout derniers) pays communiste ! En plus, après un bref passage au bureau de change local je me trouve, pour moins de 50 euros, millionnaire en khips lao ! Hé hé hé. Ça s'arrose. Par un café local : après 2 mois de nescafé dégueu noyé de lait condensé, que j'avais fini par aimer, le robusta lao est un plaisir difficile à coucher par écrit. Ça sent, ça goûte, ça brûle un peu, ça se respire et ça amère tout la bouche. Petit déjeuner magique au bord du fleuve qu'on ne quittera plus pendant 20 heures. Enfin, c'est lui qui ne nous quittera plus. Le slowboat qui nous mène à Luang Prabang met 2 jours pour atteindre son port et on nous lâche à Pakbeng pour la nuit. Pension bon marché et sympathique, restau indien (orgie de naans), vendeurs d'opium et de ganja locale tous les 10 mètres, dans un village de huttes en bois et bambous autour d'une rue en terre dont l'éclairage s'éteint à 9heures et dont l'unique marché n'a jamais vu un contrôleur sanitaire. L'atmosphère est très différente de la Thaïlande pourtant proche : plus calme, plus reposée. Le lonely planet, qui dit quand même son lot de conneries, rapporte un proverbe à propos du Laos : "les Vietnamiens font pousser le riz, les Cambodgiens le regardent, mais les Laos l'écoutent". Et je vous promets que ça prend du sens dans un village comme celui-ci ! Tellement qu'on ne part pas le lendemain avec notre troupeau de co-touristes et qu'on s'offre un jour à écouter pousser le riz :) la vie locale change du tout au tout en dehors des heures d'arrivée-départ des bateaux. Chacun vaque, troque, vend bricole mais les falang (les occidentaux. Le mot peut être aussi bien affectueux que très péjoratif) ont disparu. Du coup, on nous parle et on est même invités pour une partie de pétanque. Un novice du temple du coin, Lai, nous fait la causette en anglais pendant une paire d'heures, nous explique son quotidien de novice et les 10 règles qu'il doit suivre. Facile par rapport aux moines qui en ont 227 ! On mange avec lui au temple et on part voir le fleuve, peindre un peu puis dîner chez un gars rencontré hier, qui parle français et dont le restaurant s'appelle "Mr Savalai restaurant : good lao food good conversation. Come try and you understand why i married my wife". sic. On mange du buffalo au lait de coco, je suis obligé d'arrêter de taper pour avaler les fils de salive qui coulent sur le clavier rien qu'à évoquer son buffle au lait de coco. Et autre chose aussi, dont je ne me souviens plus, délicieux pourtant, puis LE meilleur mango sticky rice du monde en dessert. Sachez qu'à mon retour en Europe, vous allez en bouffer du mango sticky rice, jusqu'à ce que je sache le faire aussi bon qu'ici !! En digestif on grignotte avec lui des bouts de champignons qu'il trempe dans des sortes d'herbes de provence hachées très fin et qu'il sort d'une poche en plastique douteuse. Ca le met dans un état de léthargie béate qui fait plaisir à voir, mais ou bien il a pris autre chose avant, ou bien on est réfractaires à cette drogue : ça ne nous fait rien du tout et on rentre à la guesthouse pour trouver nos voisins anglais attablés autour d'un joint qui sent la menthe, la coriandre et le jasmin : lao locale, de l'orfèvrerie, de la musique pour le poumon. Passons...

Une nuit paisible et un lever matinal, petit déj' au café local et beignets de bananes, slow boat pour une heure et demie, puisqu'au lieu de filer jusqu'a Luang Prabang direct, on a décidé de s'arrêter à TahSuang, petit village et porte d'entrée de la vallée de Hongsa. C'est l'émeute quand on descend du bateau ici : dans le coin, il n'en vient pas tous les jours, des falang (on a appris depuis que falang, en lao et en thai, c'est la patate, et on se marre avec Mercè, en criant pataaaaatas chaque fois qu'un lao hilare nous traite de falang et nous montre du doigt). On mange la soupe de nouille que nous sert la patronne de l'unique gargotte (une pour les 6 huttes), sans réelle envie et sans réel plaisir. Pas d'eau courante ici. L'électricité vient de petites turbines sur le cours de la rivière et il n'y a rien d'autre que de la poussière, des chiens et des enfants qui jouent avec une petite voiture. Putain, on dirait une chanson de Cabrel ce que je raconte ! On débarque vers 11h et on attend le "bus local", un pick-up avec deux planches en bois à l'arrière, qui doit partir à 13, euh non, 16, euh non, 17 heures. Je m'énerve un peu parce que les lao paient tous 10.000 kips pour le trajet et qu'il nous demande 30.000 chacun et puis, bon, on est de patates, c'est normal. 25km et une heure et demie plus tard, on a grimpé un sentier de terre défoncé d'ornières et de coulées de boue, qui serpente entre un flanc de montagne taillé à la dynamite et un à-pic dont je préfère ne pas parler pour ne pas risquer de m'en souvenir. On a passé un col et piqué sur une vallée de rizières, de bananiers et de bambous, cabanes en bambous sur pilotis, buffles paissant et soleil couchant. Hongsa.

Les locaux nous regardent bizarrement et murmurent falang en se marrant. On dirait qu'ils ont peur, des fois. Ou qu'ils regardent la télé. Fascinés, ils sont. Quand on sort les baguettes de notre sac pour manger la soupe de nouilles (impossible de se faire servir autre chose pendant les 2 jours, même quand on demande du khao, des maak khuay etc... (riz, bananes, rien d'extraordinaire pourtant), on se retrouve invariablement devant un grand bol de soupe de nouilles), quand on met du pschit pour les moustiques, quand on demande pour louer des vélos, quand on demande pour une brique de lait de soja... Quand on parle anglais, ils se marrent parce qu'ils ne comprennent pas. Quand on parle lao (enfin, quand on essaie), ils se marrent parce que des patates qui parlent lao, ça doit être une chose à peu près aussi drôle que Coluche qui fait le sketch du shimilii- du schimbiliiii- du schimib-. Il y a 16 voyelles dans l'alphabet lao et toutes pourraient se traduite par 'ao' ou 'ai'. Je vous laisse imaginer le résultat quand on demande "ola aubergiste ! aurais-tu l'amabilité de me faire goûter ta spécialité ? Et porte donc le picotin à mon vélo, il est fourbu". Si je tenais le demeuré qui a fait la page conversation du lonely planet, je lui ferais bien bouffer mes baguettes !

Après 2 jours de ça, et d'émerveillement permanent, et de vaines tentatives pour communiquer, on a pris ce matin le 'bus' en sens inverse. Cette fois-ci, on était 21 sur le plateau du pick-up avec plusieurs sacs de riz et des poules. Convivial. Intime. Et aussi effrayant qu'à l'aller. De là, on a sauté dans le slow boat et descendu le Mékong : un interminable et paresseux tapis de boue, de remous et de rapides mousseux, tendus entre des berges de jungle, de brulis, de huttes perdues, d'enfants maigres et de buffles ventrus qui se baignent, de couples improbables de lao brûlés par quelques heures d'attente sous le soleil de l'apres-midi, qui balancent un bras ou un bout de chemise sur le ciel pour que le bateau, mollement, vienne planter son nez dans le sable et les laisse monter. Ca dure des heures, les bancs en bois sont un supplice pour les fesses et la chaleur est infernale. Mais le paysage de plus en plus escarpé : de falaises et de villages, de soleil qui descend en affluents tourbillonneux... on vient d'arriver à Luang Prabang, deuxième ville du pays et premier contact avec une urbs lao pour nous. Ambiance coloniale et très paisible, soleil couchant, du français qui chante à tous les coins de rue et un mango shake glacé en descendant du bateau : j'aime la nature mais un petit brin de ville une fois par semaine, c'est appréciable.
La suite au prochain numéro... on vous embrasse tous, avec des pensées et des bises très spéciales pour la famille en ces jours de douleur et de recueillement. Vous nous manquez !

le carnet de voyage (9) - avril à septembre 2007

Semaines 9 et 10 – Laos – 5 juillet 2007

Sabaidii ! Neuvième et dixième épisodes : avec le rythme de vie lao et les aléas du voyage, trouver un ordinateur connecté et une heure pour s'y poser n'est pas si facile... bon, ça vous a permis de souffler une petite semaine ;) back dans les bacs, je vais essayer de pas faire 2 fois plus long.

On est arrivés à Luang Prabang un vendredi soir, si je me souviens bien. Ville tranquille, très jolie (patrimoine mondial UNESCO oblige, c'est propret. Un peu trop à la longue mais très beau et très agréable), très verte et assez village modèle, catégorie 3 fleurs au top ten des villages fleuris. Pour un peu, on se croirait à Souillac ou aux Baux-de-Provence. Avec ce côté refait pour le touriste. Petites rues et jolies maisonnettes pimpantes, bananiers et palmiers, échoppes d'artisanat au kilomètre, avec de vrais artisans qui font de vrais paniers-tapis-lampes-en-fer-forgé sous tes yeux, collines vertes avec petit temple au sommet, pont suspendu à la (de?) Gustave Eiffel et marché de nuit tellement mignon avec tout plein de chichis tellement mignons pour ramener a la famille et aux amis... Ah ah ah, d'ailleurs, vous allez en prendre pour votre grade au retour, du souvenir de Luang Prabang, de la lampe en fer forgé et du panier en bambou tressé ! Une caisse expédiée par bateau, qu'on a remplie d'artisanat typique pour la famille et les amis. Ah ça ! Vous pourrez pas dire qu'on vous avait pas prévenus ! Et puis bien sur, à Luang Prabang, il y a ce Mékong qui s'écoule encore et toujours plus mollement : majestueux et boueux, fier et paresseux. Un mélange de bonne santé insolente et de saleté altière, intrinsèquement insalubre et scandaleusement vivant, qui m'évoque un verrat de concours primé au salon de l'agriculture. Je sais pas si l'image est très parlante ? Enfin bon, le Mékong quoi...

Luang Prabang nous a pris dans ses filets et on est restés là une semaine. Sans la voir presque passer. Au rythme des tuktuk et des vélos, des fruit shake et des novices bouddhistes qui traversent les rues le nez en l'air : à tutoyer le ciel et à chercher les fils tissés de la maya, ils en oublient de regarder à droite puis à gauche. On en a vu un se faire mettre au tapis par une mobylette, entre chien et loup, proprement. Spectacle bouleversant. Pourtant avec sa robe orange, on ne peut pas dire qu'il ne soit pas visible au milieu d'un carrefour. Je vous jure m'sieur l'agent, j'l'ai pris pour un plot de circulation! Troublant comme la police a mis 15 minutes à arriver, comme les premiers badauds l'ont immédiatement relevé (PLS, ca vous parle les gars?), comme personne n'a appelé d'ambulance (alerter, ça vous parle les gars?), comme personne n'a tenté de sécuriser le site (etc...), comme on a miraculeusement échappé à une demi-douzaine de sur-accidents... Tout ça nous a laissés perplexes. Le novice est reparti en claudiquant, un peu groggy mais vivant. S'il a saigné du nez ou vomi plus tard dans la nuit, en tout cas, personne ne l'a su. Et puis si c)’était grave, il lui reste toujours la réincarnation, hein... bon, passons...
On a vu aussi des temples fort beaux, des grottes fort moches et des attrape-touristes fort fourbis et fournis. Fort achalandés en touristes désireux de se faire attraper aussi. On a loué de bien beaux VTT et on s'est tapé 30 bornes de montées-descentes pour aller voir une belle cascade. Et autant de bornes, de montées et de descentes au retour, naturellement.
Voila en substance le contenu de la semaine. Très paisible. Ah non ! bien sur, j'oublie : le premier samedi soir, on s'est fait inviter à un mariage lao. Gymnase municipal, des tables et une piste de danse, un groupe de musicos (1 clavier et 2 chanteuses, adolescents facon pop-acidulée-cheveux-sculptés-au-gel-extra-fort), un buffet de curries délicieux, 2 ou 300 personnes et un jeune pote du marié qui nous a fait entrer avec lui. Il ne connaissait pas grand-monde et était content de se poser et de discuter avec nous. On était ravis d'entrer et de découvrir ça. Il s'est fait un devoir de nous bourrer la gueule à la BeerLao (pas terrible, d'ailleurs) et je crois qu'on a gagné. France-Espagne 1 : Laos 0 ! Après quelques litres, il n'était pas fier en nous tirant sa révérence et on est partis danser avec les plus intrépides du canton. Je ne m'attarde pas sur la danse de mariage lao, c'est un peu comme la danse traditionnelle de tokushima pour ceux qui ont eu droit aux aventures japonaises. Pour les autres, en résumé : un peu comme une sorte de branle charentais ou de menuet mais interprété par des mafieux alcoolisés sortis d'un film de Kitano (Sonatine, pour ceux qui veulent se faire une idée plus précise). On a bien ri, ils ont bien ri et on est partis au lit avec les cheveux qui poussaient vers l'intérieur. Et un lendemain de veille (amis québécois, si vous me lisez, vive le Québec libre!) assez sévère le dimanche.
On a rencontré Pierre, aussi. Un Français très sympa, agronome, animateur social, érudit, atrabilaire, 37ans, passionnant. De CDD en ONG, il a baroudé en Afrique et en Asie ces 12 dernières années. Là, il est sur la fin de 2 ans et demi dans l'Himalaya, du Pakistan au Tibet, à pied, et cherchait un coin où passer la mousson avant de repartir. Objectif : rentrer en france à pied via Pakistan, Afghanistan et Iran, Turquie etc... dangereusement intéressant et cultivé, le bougre. On en a appris plus en une semaine sur le bouddhisme, teravada et mahayana, la vie secrète de Jésus en Asie et son pélerinage avec Thomas, la littérature anglo-coloniale, l'art de choisir, de juger et de marchander de la soie, et les rites liés à l'opium dans les tribus du Pakistan... qu'en quelques années de fac, je crois. Au bout de 3 jours à passer 24h sur 24 avec lui, ou presque, j'ai commencé à m'inquiéter un peu devant l'expression de Mercè : très concentrée, suspendue à ses lèvres, bouche bée et les yeux ronds, à l'écouter religieusement. Jaloux moi ? Nooooon... et puis j'ai compris (soupir de soulagement) : ce n'était pas l'expression d'un amour fou et inconditionnel, d’un amour éternel en un instant conçu. C'était juste qu'entre son accent parisien-normand-de-montpellier et son débit ultra-rapide, elle ne comprenait pratiquement rien de ce qu'il nous racontait. Hé hé hé, ce qu'on peut s'imaginer des fois...

On a finalement pris un bus pour VangVieng, un vendredi à 13h... euh non, 16h… euh non, 17h… pour arriver vers 18h... euh non, minuit. Un village assez moche, pour tout dire. Dans un environnement de rêve avec des falaises calcaires qui feraient passer la silhouette de montserrat pour une grosse termitière (pardon, pardon). C'est célèbre dans le milieu des backpackers (un jour il faudra que je vous dise ce que j'en pense de mes frères les backpackers, parce qu'en 2 mois et quelques, rien que le mot me fait saigner du nez et sortir des plaques d'érythème des chevilles jusqu'au cou. Et je ne vous parle pas du scrotum). C'est donc un spot célèbre pour 2 raisons : parce que le village est plein de TV bars : des rues entières de bars avec des TV qui passent en boucle et à fond des épisodes des Simpsons, de Friends et de blockbusters de merde (300, Batman begins, Serial noceurs et Spiderman3, entre autres.) TOUTE la journée et TOUTE la nuit. Le volume est à fond et ça donne, depuis la rue, une mouture sonore qui n'est pas sans rappeler la fête de la musique rue Parga à Toulouse. Je ne parle même pas du raffut DANS les bars, parce que l'idée d'y mettre les pieds ne nous a pas effleurés... et l'autre motif de l'engouement sans égal que suscite VangVieng, c'est que là-bas, on met de la beuh dans tout ce qui se mange ou se boit ! Dans le menu, pour quelques kips de plus, tu peux avoir le même plat mais en "special", en "happy" ou en "funky". Ca veut dire avec de la beuh ou du shit ou du beurre de marrakech en prime. La dose, apparemment, c'est selon l'humeur du patron. Et ça donne des choses exotiques comme le special pain à l'ail ou le funky fruit shake ou la légendaire happy pizza calzone... édifiant : une des destinations préférées des globe-trotters au Laos, c'est un résumé pathétiaue du monde occidental : tu te défonces entre potes anglophones devant une télé abrutissante ! Bon, on va me traiter de vieux grincheux alors je passe à la suite...

On a visité de vraies grottes, incroyablement profondes, sombres et désertes. Incroyablement glissantes, humides et angoissantes aussi : "tiens, on est pas déjà passés là il y a une heure ? t'occupes et avances, tu vois bien que la lampe frontale commence à faiblir, et d'après ma boussole il est déjà 9 heures du soir, le soleil est déjà couché et l'eau monte de plus en plus, il doit pleuvoir sérieusement dehors. J'ai faim. Chut, suce un caillou et avance, ça va passer. J'ai peur. Chut, mange de la glaise, ça rend apathique. J'ai froid. Chut, sautille sur place et appuie sur tes yeux"... c'était trop cooooooooool ! Et on a visité une grotte avec rivière souterraine incluse, sur des chambres à air de tracteur, avec de vrais morceaux de courant et de stalactites. Et on a pris la pluie en moto sur une piste de terre au milieu de kilomètres de rizières, et j'ai découvert que pour noyer un moteur de moto, il fallait vraiment plus d'eau que ce que je pensais, et j'ai découvert aussi que si la boue réduit dangeureusement l'adhérence, il ne faut pas paniquer ; juste être patient : au-delà de 15 centimètres d'eau, en fait, c'est la notion même d'adhérence qui devient désuette. L'effet gyroscopique et les tourbillons créés par la chaine te stabilisent comme une sorte de quille de bateau, et il suffit de tendre un bras sur le côté pour prendre les virages. Et hop! Roule ma poule! Bon, rapidement quand même, on en a eu marre des happy-touristes et des special-arnaques pour happy-touristes, alors on s'est barrés à Vientiane. Pas de bus disponible, on a donc fait en pickup le trajet hallucinant jusqu'a Vientiane : des falaises et des collines et des paysages de montagne qui m'ont rappelé le Béarn. Avec des bananiers à la place des moutons, et des cabanes sur pilotis en bambou à la place des orris en pierre. Mais sinon, pareil. Same same but different en somme...

Et puis depuis 2 jours, on est à Vientiane. Capitale du Laos et chef-lieu d'une de ces vieilles provinces de l'Indochine de la grande époque (on imagine Marguerite Duras qui longtemps s'est couchée de bonne heure, enfin bon, c'était peut-être hier je ne sais plus...). Des relents de colonialisme désuet, une architecture poussiéreuse et décadente, des avenues avec contr'allées bordées de palmiers et bananiers tout à fait délicieuses et quelques temples qui valent le coup d'oeil. L'impression que le temps s'est arrêté ici, comme dans ce western d'Alessandro Barricco (in City : le trésor était caché dans l'horloge, mais chut, ils ne le découvrent qu'à la fin). On croise à chaque coin de rue des vieillards édentés qui parlent un français non seulement parfait mais surtout précieux et suranné. Digne des vieux d'Afrique occidentale. Accent traînant et phrases longues, ils évoquent avec fierté et nostalgie le certificat d'études qu'ils ont passé avec mérite - académie de Montpellier, le même jour qu'en métropôle, qu'ils nous racontent - et les cours de culture lao dispensés par les maîtres d'école d'alors... ensuite ? La révolution et le retour à la langue lao, le poids du régime, la modernisation et les gens qui deviennent fous : la vitesse, l'argent, le stress... on est pourtant loin des rues de Paris ou même de Bangkok, mais ici, on écoute pousser le riz, souvenez-vous. On s'offre 2 jours de plus à flaner en ville, le long du fleuve, le nez en l'air et la main sur le nez (poussière oblige). Puis on met le cap sur le plein sud du Laos, plateaux de plantations de café et forêts primaires, pour entrer au Cambodge. Pour retrouver encore une fois ce Mékong qui ne nous lache pas. Qui grossit de jour en jour, de kilomètre en kilomètre, de pluie en pluie. Dont on tombe amoureux et dont on ne peut, de toutes façons, se débarrasser. Qu'on aime et qu'on subit, qu'on ne se lasse pas de regarder couler, jusqu'à la nausée, et qui coule toujours : boueux, indolent, impassible. Qui nous tape sur le système à la longue. J'ai lu "au coeur des ténèbres" juste avant le départ, et je n'aurais pas pu mieux comprendre Conrad que maintenant, je crois...
Allez, j'arrête là, il est tard pour nous et vous, il y a surement mieux à faire ! On vous embrasse tous. Plein de belles choses…